Mascotte Ravi
Disciplines:

L’haltérophilie a pour point de départ l’expression de la force physique ; il faudrait donc remonter jusqu’à l’apparition de l’homme sur la terre pour trouver sa véritable origine.

Depuis les Temps Antiques, la renommée des Hercules, Samson, Milon de Crotonne a franchi mers et continents et s’est gravée dans l’histoire de l’humanité.

Qui ignore, en effet, les douze travaux d’Hercule, la force que Samson trouvait dans sa chevelure ou encore la puissance que déployait le Grec Milon pour charger un boeuf sur ses épaules ?

L'histoire de la Force retient encore les exploits des gladiateurs, des guerriers célèbres pour leur aptitude à pourfendre, à enfoncer, à manipuler des armes gigantesques, à supporter de lourdes cuirasses ; ainsi, jusqu’à l’apparition de l’arme à feu, la force constituait la principale qualité du combattant sur laquelle reposaient les chances de survie.

Plus significatifs et surtout plus proches du sport haltérophile, apparaissent les tours de forces exercés sur des objets lourds tels que blocs de rocher, troncs d’arbre, tonneaux, meules de meunerie, enclumes, sacs de grains ou animaux de gros calibres. Certains de ces exercices de force s’implantent si bien que nous les retrouvons encore aujourd’hui au programme des fêtes folkloriques en Allemagne, au Pays basque, en Ecosse...

Sans aucun doute, les champions de ces “levés ” et “portés ” sont des hommes très forts par rapport à leurs contemporains, mais il est difficile d’apprécier la valeur réelle de leurs efforts, en raison de la diversité de la forme, du volume et de la masse des engins manipulés, de la multiplicité des tours de mains, des “trucs ” et des techniques.

A toutes les époques, des hommes ont cherché à contrôler avec impartialité les exploits de leurs semblables, mais ce n’est qu’à partir du XVIIIe siècle que l’on trouve des traces de ces travaux. Il faudra attendre plus longtemps encore pour qu’un matériel normalisé, pour que des règlements communs permettent de comparer la valeur physique des hommes de tous les pays et de tous les temps.

LES PRECURSEURS

Hippolyte Triat (1812 1881) est le véritable précurseur de l’haltérophilie. Né dans le midi de la France, orphelin à 4 ans, enlevé par des bohémiens à 6 ans, il est d’abord danseur de corde, puis dès l’âge de 13 ans il présente, en compagnie d’un Espagnol et de ses deux fils, un numéro de poses plastiques et de lever de poids. Accidenté à l’âge de 16 ans, il entre au collège des Jésuites de Burgos pour une période de six ans ; il y enrichit ses connaissances qui jusqu’alors étaient essentiellement pratiques ; il reprend ensuite son métier d’artiste et ses activités d’athlète, il obtient un vif succès en Espagne, en Angleterre, puis en Belgique. A Bruxelles, il crée un gymnase qu’il dirige pendant sept ans. Agé de 35 ans, il fait aménager une magnifique salle à Paris. Compromis en 1870 - 1871, au temps de la “commune ”, il est interné ; relâché quelques mois plus tard, il assure la direction d’un gymnase moins important, jusqu’en 1879, deux années avant de mourir à l’âge de 69 ans.

En dehors de quelques fascicules, il reste malheureusement peu de chose de la méthode Triat et de ses grands projets. Les séances de travail collectif ou individuel qu’il organisait comprenaient quelques exercices à mains libres, avec barres à boules de six kg et haltères courts, des courses, des sauts, mais aussi, pour les élèves les plus évolués des mouvements d’haltérophilie, tels que les arrachés, développés, épaulé et jeté, à une ou deux mains.

La méthode Triat fut, en son temps reprise, avec plus ou moins de bonheur par quelques-uns de ses élèves et des imitateurs, mais les magnifiques projets que Triat avait élaborés pour “la régénération de l'homme ” n’ont malheureusement pas reçu l’appui des pouvoirs publics et les plans qu’il avait conçus pour fonder une Ecole Normale de Gymnastique ne furent pas réalisés.

Triat n’en est pas moins le principal précurseur, en France, de la culture physique avec haltères et de la gymnastique orthopédique. Bien qu’à notre connaissance, il n’ait pas organisé de compétitions de poids et haltères, qu’il n’ait pas laissé de réglementation précisant l’exécution des mouvements haltérophiles il est celui qui a répandu l’utilisation de barre à sphères, qui a fait fabriquer du matériel nouveau, qui a influencé, par la qualité de son enseignement, les moniteurs de son époque. Enfin, il est surtout, celui qui, le premier a enseigné les mouvements haltérophiles à des amateurs.

Malgré l’impulsion donnée par Triat, l’haltérophilie ne s’implante pas immédiatement en France. Alors que le goût de l’effort physique naît, dans notre pays, de la pratique de la bicyclette, nouveau moyen de locomotion rapide et économique, alors que la gymnastique aux agrès s’organise sous la férule des moniteurs de Joinville, alors qu’après 1870, les grandes fédérations sportives apparaissent, les débuts du sport haltérophile sont longs et laborieux. Pratiqué le plus souvent dans les arrière salles de cafés et dans quelques gymnases, le lever de poids reste surtout l’apanage de quelques professionnels de la force.

Vers 1880, les premières associations naissent en Allemagne : à Hambourg, Cologne, Leipzig, Francfort, Duisbourg, Munich ; à l’origine, trois mouvements y sont pratiqués :

- Un lancer de pierre ;

- Un soulever de gueuse en résistance ;

- Un porté très lourd (?).

En Russie, à Saint Petersbourg, le Dr Krajewski constate sur lui-même les bienfaits que procurent les levers de poids et crée, en 1885, le “cercle des amis de l’haltérophilie ”.

En France, les hommes forts s’exercent dans quelques gymnases. Eugène Paz, ancien élève de Triat, dirige l’un de ces établissements. Vers 1865-1875, il organise des séances de lutte et de tours de force qui obtiennent un grand succès spectaculaire. Mais le premier essai d’organisation sérieuse revient aux associations de Lille et de Roubaix qui, vers 1890, fondent la Fédération Athlétiques du Nord. Après plusieurs années de discussions et de tâtonnements, une nomenclature des mouvements est établie

Une distinction très nette est faite entre les amateurs et les professionnels. Dès 1894, un concours international est organisé dans une localité de Belgique, à Mouscron, entre Belges, Hollandais et Français, mais par la suite ce genre de compétition se heurtera à la diversité des règlements et de leurs interprétations.

- Les développés, arrachés, épaulés-jetés à un et à deux bras

- Le dévissé d’un bras ;

- La volée d’un bras ;

- Le bras tendu.

Edmond Desbonnet, fondateur de quelques-unes de ces associations, rédige le mode d’exécution et la réglementation de ces mouvements.

Des arbitres appelés “dynamométreurs ” sont désignés dans chaque société affiliée pour contrôler les records.

Aux Jeux Olympiques d’Athènes, en 1896, l’Haltérophilie figure au programme parmi les disciplines sportives optionnelles, mais le Baron Pierre de Coubertin à qui revient le mérite de la rénovation de “jeux ”, après 1503 ans d’interruption, semble ignorer l’inscription de ce sport au programme olympique. Aucun haltérophile français, pas plus d’ailleurs qu’allemands, ne participe à ces compétitions. Deux mouvements sont alors inscrits au programme : l’épaulé-jeté à deux bras et l’épaulé-jeté à un bras, gagnés respectivement avec 111,5 Kg et 71 Kg. Considéré comme l’homme fort de la famille royale, le Prince Georges de Grèce juge ces épreuves...

En 1898, au concours de Vienne, appelé Championnat du Monde, la diversité des interprétations dans la réalisation des mouvements est mise en évidence : les Français suivent un règlement très strict, tandis qu’Allemands et Autrichiens développent avec une technique qui sera celle des années 1960-1970 (!), épaulent en plusieurs temps, en posant la barre sur le ventre.

A chaque nouvelle organisation, le choix, le nombre ou l’exécution des mouvements sont différents ; en 1902, aux championnats du monde de Londres, le programme ne comporte pas moins de onze mouvements, de même que l’année suivante à Paris.

Même avant 1900, Edmond Desbonnet a compris la nécessité d’une organisation internationale afin de planifier, de réglementer cette discipline. Il crée l’Haltérophile-Club de Paris, appelé plus tard “l’Haltérophile-Club de France ”. L’H.C.F. a pour ambition de réunir les principaux dirigeants du monde entier : Desbonnet groupe, en un bureau d’honneur, Russes, Italiens, Anglais, Argentins, Canadiens, Autrichiens, Danois, Français.

Malheureusement, ce brillant aréopage n’entretient que des relations épistolaires, et l’influence de l’Haltérophile-Club de France ne s’étendra guère hors de nos frontières. Pourtant l’H.C.F. assure en France l’organisation d’épreuves nationales et internationales. Mis sur pied par Desbonnet, le premier championnat de France a lieu, en 1901, au cirque Molier. Les compétitions officielles, parmi lesquelles un tournoi international au Moulin-Rouge an 1903, un championnat dit du monde en 1905 (Hippodrome Bostock à Paris), se succèdent régulièrement jusqu’en 1907, date à laquelle Desbonnet se retire de l’H.C.F.

Pendant cette période, la réglementation des épreuves est encore très mouvante, le nombre des mouvements suit une courbe ascendante (11, 13 et même 17). Le nombre des essais n’est pas définitivement établi. L’innovation la plus importante est la création, dès les championnats de Paris de 1904, de trois catégories de poids de corps : léger (65 Kg), moyen (80 Kg) et lourd.

En 1907, deux listes de records du monde (amateurs et professionnels), publiées par Desbonnet, ne comportent pas moins de 22 mouvements chacune. Tous les records sont détenus par des Français, par quelques Belges et Suisses.

Ces palmarès aberrants mettent en évidence l’absence d’un organisme international, car pendant cette même période, l’haltérophilie connaît un prodigieux essor en Allemagne et en Autriche. La ville de Vienne produit de véritables colosses : en 1905, tandis que Maspoli remporte le championnat de France avec, entre autres performances, 130 Kg au jeté, Stenbach, en Autriche, bat le record du développé, en haltères séparés, avec 135 Kg.

Jusqu’à la première guerre mondiale, les compétitions se multiplient dans les pays germaniques, alors qu’en France, depuis le départ de Desbonnet de l’H.C.F., l’activité ne dépasse guère le niveau des clubs, rares étant les compétitions officielles. Ce sont principalement les exhibitions des “artistes professionnels ”, dont certains font preuve d’excellentes dispositions pour bonimenter sur les places publiques, qui tiennent lieu de publicité au sport de la “fonte ”.

Ce n’est qu’en 1913 que Jules Rosset, entouré de quelques amis - Buisson (ancien champion des légers), Heiles (ex-recordman du monde), Bourdonnay, Duchateau - fonde la Fédération Française de Poids et Haltères. Ancien lutteur, bon haltérophile, Jules Rosset est un vrai sportif. Il se révèle excellent dirigeant. Il reprend les règlements et les records de l’H.C.F. et obtient la fusion des deux organismes. Appuyé par le journaliste Frantz Reichel, il fait inscrire l’haltérophilie au programme des Jeux Olympiques, à titre provisoire. En 1920, aux Jeux d’Anvers, 14 nations participent aux épreuves d’haltérophilie (arraché d’un bras, épaulé-jeté de l’autre bras et épaulé jeté des deux bras), mais les difficultés naissent des divergentes interprétations du règlement. Rosset fonde alors la Fédération Internationale dont il assure la présidence.

Après les Jeux de Paris (1924), il obtient l’inscription définitive de l’haltérophilie au programme des Jeux Olympiques à la condition que “les exercices imposés se limitent aux trois mouvements à deux bras ”. Ainsi en ont décidé les membres du Comité Olympique International, fixant ainsi la formule technique des compétitions qui sera conservée jusqu’en 1972.

La Fédération Internationale, où l’influence française est prédominante avec Rosset puis Gouleau et Dame, jusqu’en 1950, organise quelques championnats du monde et d’Europe pendant la période 1920 - 1939. Elle se structure plus solidement à partir de 1946 ; désormais, chaque année voit l’organisation d’un championnat du monde et d’Europe, chaque année voit des affiliations nouvelles d’une ou plusieurs autres nations. En 1952, 38 nations participent aux épreuves d’haltérophilie des Jeux d’Helsinki et actuellement le nombre des pays inscrit à la Fédération Internationale, dépasse largement la centaine.

Après des débuts difficiles, hésitants, l’haltérophilie s’est donc solidement organisée, elle s’est hissé au niveau des autres grandes disciplines sportives. Tous les fervents du sport haltérophile doivent donc rendre hommage aux pionniers, aux initiateurs, aux grands dirigeants, sans oublier les athlètes les plus prestigieux qui, par leurs performances et leur personnalité, ont attiré l’attention de leurs contemporains et ont suscité des vocations sportives.

LES GRANDS CHAMPIONS

La chute incessante des records, le niveau toujours amélioré auquel se hissent les champions actuels, rendent particulièrement délicat set essai de rétrospective et de sélection des champions du passé. Comment peut ont admirer l’exploit du premier homme qui jeta 150 kg, alors que de nos jours cette performance est courante ? Comment comparer les charges réalisées par quelques athlètes au début du siècle, à celle d’une élite, sélectionnée parmi des milliers de pratiquants qui bénéficient des expériences passées, des progrès scientifiques et médicaux ?

Cependant, quelques champions émergent du passé, soit par la valeur intrinsèque de leurs performances, soit pour l’influence qu’ils ont exercée à leur époque.

Ce sont, tout d’abord, les hommes forts et professionnels qui se produisent dans les cirques, les music-hall. Nous ne citerons que les plus prestigieux.

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